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Club Douleur Ile de France COMPTE-RENDU DE LA REUNION DU 21 JANVIER 2003
Dr Ricardo Carbajal Centre national de ressources de lutte contre la douleur (CNRD) Unité douleur, Hôpital Trousseau, Paris | BUTS DE L’EVALUATION Les buts spécifiques de l’évaluation sont de décrire la douleur et les facteurs qui l’influencent, d’aider à diagnostiquer la douleur, de prédire la nécessité d’un traitement, d’homogénéiser les pratiques, d’évaluer l’efficacité des traitements et de déterminer l’impact des interventions sur le devenir de l’enfant. Afin d’atteindre ces objectifs, de nombreuses échelles de mesures ont été développées et publiées mais l’évaluation de la douleur chez le nouveau-né reste très complexe et ces outils ne donnent qu’une approximation du phénomène. DEFINIR LA DOULEUR AVANT DE L’EVALUER La définition de la douleur du nouveau né n’est pas encore clairement établie, car la définition générale exclut les jeunes enfants. Pour Anand et Craig, « la douleur est une qualité inhérente à la vie », et elle ne nécessite donc pas d’expérience préalable. Il n’existe aucune mesure objective formelle de la douleur. Elle est mesurée de manière subjective, avec une attribution des chiffres souvent arbitraire. Cette mesure peut comporter des biais qui peuvent altérer les mesures signalées. DEUX APPROCHES DE LA MESURE DE LA DOULEUR DU NOUVEAU-NE Approche unidimensionnelle
Un seul type d’indicateur est recueilli, par exemple, paramètre physiologique, activité faciale ou modifications comportementales. Les indicateurs physiologiques, non spécifiques de la douleur, sont présents pendant la période qui suit immédiatement une stimuli nociceptif : augmentation de la fréquence cardiaque (FC,) fréquence respiratoire (FR), pression artérielle (PA), augmentation de la variabilité de la FC, augmentation de la pression intra-crânienne, diminution du tonus vagal, de la SpO2, TcPO2, sudation palmaire, ou encore modification du système autonome. Leur utilité est limitée pour une douleur prolongée. La FC est l’indicateur le plus souvent utilisé, pour lequel on observe une augmentation significative par rapport au niveau basal suite à un geste nociceptif tel qu’une circoncision, une piqûre au talon ou une vaccination. Des modifications significatives de la variabilité de la FC ont été observées lors de gestes douloureux. Les indicateurs comportementaux ont pour challenge de différencier les modifications induites par la douleur de celles crées par la peur, l’anxiété, la fatigue ou la faim : expression faciale, pleurs, mouvements corporels, des changements dans l’état de veille ou sommeil ainsi que dans les habitudes alimentaires sont observés. - L’activité faciale est l’indicateur le plus fiable et le plus constant, avec 4 signes plus fréquemment observés : froncement des sourcils, contraction des paupières, accentuation du sillon naso-labial et ouverture des lèvres qui sont présents dans au moins 80 % des situations de nociception.
- Les pleurs constituent un indicateur de stress, utile dans l’évaluation de la douleur créée par les gestes invasifs, surtout chez le nouveau né à terme.
- Les mouvements corporels sont codés par l’Infant Body Coding System. Les enfants prématurés peuvent présenter une réponse plutôt flacide. De plus, il existe une dissociation entre les réponses physiologiques et les modifications comportementales qui crée un problème lorsque ces deux types de mesure sont utilisés conjointement.
Approche multidimensionnelle Elle consiste en l’utilisation simultanée de données subjectives et de mesures objectives, incluant des paramètres physiologiques, des modifications comportementales et des indications contextuelles. Il existe au moins une quinzaine d’échelles, dont la Neonatal Infant Pain Scale (NIPS), la Pain Assessment Tool, la CRIES, la Premature Infant Pain Profile... PROPRIETES DES ECHELLES D’EVALUATION DE LA DOULEUR Les caractéristiques qui définissent la qualité de mesure des échelles d’évaluation sont connues comme les propriétés psychométriques des échelles, soit : fiabilité, validité, sensibilité, spécificité et enfin utilité clinique et faisabilité pratique. La fiabilité est déterminée par l’approximation que l’échelle fait de la « vraie douleur », le score observé étant un mélange du vrai score plus une erreur due à la mesure. On détermine ainsi la variation de plusieurs observations faites par le même observateur (fiabilité intra-observateur) ou la variation de plusieurs observateurs d’un même phénomène au même moment (fiabilité inter-observateur). La validité reflète le degré avec lequel la douleur est réellement mesurée. Une mesure valide fait la distinction entre la douleur et le stress ou l’agitation. Le plus important est la validité de construit qui permet de vérifier que l’outil mesure la douleur et elle seule. La sensibilité est la capacité à différencier les différentes intensités de douleur, alors que la spécificité est la capacité à déterminer le vrai nombre des sujets non douloureux au sein d’un groupe. La faisabilité est la facilité d’utilisation de l’outil dans un contexte donné, et l’utilité clinique les avantages que l’on obtient en utilisant l’outil pour prendre des décisions sur la douleur de l’enfant évalué. Cet élément, bien qu’essentiel a été peu étudié jusqu’à présent.
QUELLE ECHELLE CHOISIR POUR EVALUER UNE DOULEUR PONCTUELLE ? Neonatal Facial Coding System (NFCS) C’est un système basé sur l’analyse des expressions faciale des nouveau-nés à terme et prématurés. Cette échelle comprenait 10 items à l’origine, puis réduits à 4, soit contraction des paupières, froncement des sourcils, accentuation du sillon naso-labial et ouverture de la bouche. Elle peut être employée en routine au chevet du nouveau-né, avec un score de 0 (aucun item) à 4 (tous items présents). Chaque item est coté 0 si absent et 1 si présent.
Neonatal Infant Pain Scale (NIPS) Elle est composée de six indicateurs dont cinq comportementaux et un physiologique, la respiration. Les scores varient de 0 (absence de douleur) à 7 ( douleur sévère).
Premature Infant Pain Profile (PIPP) C’est l’échelle la mieux étudiée et la mieux validée. Elle inclut sept items dont trois comportementaux, deux physiologiques et deux contextuels, pour un score de 0 à 21 en fonction du terme de l’enfant (maximum de 18 pour un enfant à terme). Elle peut être utilisée au chevet du nouveau né, mais n’est pas très souple. Elle nécessite la mesure de la SpO2 et de la FC tout le long du geste.
Douleur aiguë nouveau-né (DAN) Elle a été conçue pour évaluer la douleur aiguë du nouveau-né à terme et prématuré. Elle comporte trois items comportementaux, réponses faciales, mouvements des membres et expression vocale de la douleur, pour un score de 0 à 10. Les études ont montré une bonne sensibilité, spécificité ainsi qu’une bonne concordance inter-observateur et consistance interne. Elle est utilisée dans plusieurs travaux de recherche sur les effets analgésiques de moyens non médicamenteux. Elle est d’utilisation très simple. QUELLE ECHELLE CHOISIR EN CAS DE DOULEUR PROLONGEE ? L’échelle Amiel Tison Elle comporte dix indicateurs comportementaux et neurologiques. Développée. initialement pour l’évaluation de la douleur post-opératoire de l’enfant âgé de 1 à 7 mois, elle mesure en grande partie le confort général de l’enfant. La cotation était inversée, donc un score élevé correspondait à une absence de douleur. Cependant, elle a été revue et les scores inversés de sorte que un score bas indique une absence de douleur ou douleur légère alors que les scores élevés témoignent d’une douleur importante.
Évaluation de la douleur et de l’inconfort du nouveau-né (EDIN) Elle a été développée pour évaluer la douleur prolongée du nouveau-né à terme et prématuré. Elle consiste en l’observation du visage, du corps, du sommeil, de la relation avec le soignant et de la possibilité de réconfort, avec un score total de 0 à 15. Elle évalue donc à la fois douleur, stress ou inconfort. Elle nécessite l’observation du comportement de l’enfant pendant et en dehors des soins. CONCLUSION Il existe actuellement un large éventail d’échelles d’évaluation de la douleur surtout en. ce qui concerne la douleur aiguë ponctuelle. Nous n’avons cité que quelques-unes. La plupart d’entre-elles nécessitent encore des travaux afin d’améliorer leur validation. Néanmoins, plusieurs de ces échelles sont déjà tout à fait adaptées à une utilisation quotidienne ou dans un cadre de recherche et sont indispensables à l’amélioration de la qualité de prise en charge de la douleur des nouveaux-nés.
DISCUSSION Le choix de l’échelle en maternité est difficile, plusieurs équipes trouvent l’EDIN difficile à utiliser. Pour les enfants nés lors d’un accouchement difficile, l’EDIN ne semble pas l’échelle la plus simple ou adaptée. En effet, l’item principal de l’EDIN posant problème est que le sommeil du nouveau-né n’est pas stable les premiers jours, et le relationnel aussi difficile à évaluer. Mais dans le doute, c’est bien sûr la clinique qui prime et non pas l’échelle. Par ailleurs il est important de signaler que l’EDIN nécessite une observation sur une tranche horaire, et non pas ponctuellement Certains emploient la DAN en maternité mais en principe elle est destinée à la douleur aiguë d’un soin. Il ressort que l’utilité quotidienne, la faisabilité est un secteur à développer. Une idée à suivre : pourquoi ne pas instaurer une courbe de douleur à l’instar de la feuille de température, qui serait corrélée aux événements et traitement.
*La création du CNRD a été impulsée par le Dr Daniel Annequin. Ses buts sont de contribuer à l’amélioration de la prise en charge de la douleur, en développant un site Web sur la douleur provoquée, permettant le partage de l’expérience des équipes avec validation de protocoles, et accès à un forum de discussion. Il incite la recherche infirmière sous forme d’aide logistique aux équipes ayant un projet, en les accompagnant dans la conception, réalisation et publication du travail. Enfin il a pour mission d’aider les CLUD par l’apport des informations disponibles au sein du CNRD.
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